La loi Climat et Résilience : une révolution silencieuse pour les propriétaires
Adoptée le 22 août 2021, la loi n°2021-1104 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets — plus connue sous le nom de loi Climat et Résilience — a profondément reconfiguré les règles du jeu immobilier en France. Cinq ans après sa promulgation, ses effets sont désormais bien concrets pour les propriétaires bailleurs comme pour les propriétaires occupants. Et ce n’est pas terminé : plusieurs échéances importantes arrivent dans les prochaines années.
Que vous possédiez un appartement en location, une maison que vous envisagez de vendre, ou que vous soyez membre d’une copropriété, ce texte vous concerne directement. Voici un tour d’horizon des obligations en vigueur et des décisions à anticiper.
Le gel des loyers des passoires thermiques : une contrainte déjà en place
Depuis le 24 août 2022, les loyers des logements classés F ou G au DPE sont gelés. Concrètement, un propriétaire bailleur ne peut plus augmenter le loyer d’un tel bien, ni lors d’un renouvellement de bail ni lors d’un changement de locataire — sauf à engager des travaux de rénovation permettant de sortir le logement de la catégorie des passoires thermiques.
Cette mesure vise à inciter les propriétaires à rénover leurs biens plutôt qu’à répercuter la hausse des coûts énergétiques sur les locataires. En pratique, elle réduit significativement la rentabilité locative des logements les moins performants.
Le calendrier des interdictions de location : des échéances à ne pas manquer
La loi Climat et Résilience prévoit une suppression progressive du parc locatif des logements les plus énergivores. Voici le calendrier qui s’applique en France métropolitaine :
- 1er janvier 2025 : interdiction de mettre en location ou de relouer un logement classé G au DPE.
- 1er janvier 2028 : interdiction étendue aux logements classés F.
- 1er janvier 2034 : interdiction étendue aux logements classés E.
Pour les départements et régions d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte), le calendrier est décalé : l’interdiction des logements G s’appliquera au 1er janvier 2028, et celle des logements F au 1er janvier 2031.
Attention : un propriétaire dont le logement G est déjà en cours de bail peut se retrouver dans l’impossibilité légale de relouer ce bien à l’expiration du contrat, s’il n’a pas engagé de travaux. La vacance locative devient alors un risque bien réel.
Un assouplissement en discussion au Parlement : l’engagement de travaux
En juillet 2026, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi Relance et décentralisation du logement. Son article 6 prévoit de réautoriser la location des logements classés F ou G, à condition que le propriétaire bailleur s’engage contractuellement dans une rénovation énergétique, avec un contrat de travaux à conclure avant 2030. Cette disposition traduit la volonté du législateur de ne pas bloquer brutalement le marché locatif, tout en maintenant une pression forte sur la rénovation.
Ce texte n’est pas encore définitivement adopté au moment de la rédaction de cet article : il convient de suivre son évolution avant d’en tenir compte dans votre stratégie patrimoniale.
L’audit énergétique obligatoire à la vente : êtes-vous concerné ?
La loi Climat et Résilience a introduit une obligation d’audit énergétique réglementaire préalable à toute vente d’un logement en monopropriété. Ce document, plus complet qu’un simple DPE, doit proposer des scénarios de travaux permettant d’améliorer la performance du bien.
Voici le calendrier d’entrée en vigueur :
- Depuis le 1er avril 2023 : obligation pour les logements classés F et G.
- Depuis le 1er janvier 2025 : obligation étendue aux logements classés E.
- À partir du 1er janvier 2034 : obligation étendue aux logements classés D.
Si vous envisagez de vendre un logement classé E, F ou G, vous devez donc impérativement disposer d’un audit énergétique réglementaire réalisé par un professionnel certifié (architecte, bureau d’études thermiques, diagnostiqueur qualifié) pour le présenter dès la première visite à l’acquéreur. L’absence de ce document peut bloquer la transaction.
Audit énergétique vs DPE : ne pas confondre
Le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) reste obligatoire pour toute vente ou mise en location. L’audit énergétique réglementaire est un document supplémentaire, plus détaillé, qui s’impose en cas de vente des logements les plus énergivores. Ces deux documents répondent à des exigences distinctes et ne se substituent pas l’un à l’autre.
Le DPE collectif en copropriété : une obligation progressive
Les copropriétés ne sont pas en reste. La loi Climat et Résilience impose la réalisation d’un DPE collectif à l’échelle des immeubles, afin d’identifier les bâtiments les plus énergivores et de planifier des travaux à l’échelle collective. Cette obligation s’est progressivement étendue selon le nombre de lots :
- Copropriétés de plus de 200 lots : depuis le 1er janvier 2024.
- Copropriétés de 50 à 200 lots : depuis le 1er janvier 2025.
- Copropriétés de moins de 50 lots : depuis le 1er janvier 2026.
Ce DPE collectif doit être renouvelé ou mis à jour tous les dix ans. Il constitue le point de départ indispensable à toute démarche de rénovation globale en copropriété.
La valeur verte : un enjeu patrimonial croissant
Au-delà des obligations légales, les propriétaires doivent également prendre en compte l’impact du DPE sur la valeur de revente de leur bien. Les logements les mieux classés se vendent plus cher et plus rapidement. À l’inverse, les passoires thermiques subissent une décote croissante sur le marché, notamment dans les zones tendues. Anticiper des travaux de rénovation, c’est aussi préserver — voire augmenter — son capital immobilier.
Par où commencer ?
Face à la multiplicité des obligations et des échéances, il est souvent difficile de savoir par où commencer. Voici les premières étapes recommandées :
- Faire réaliser un DPE à jour pour connaître la classe énergétique actuelle de votre bien.
- Commander un audit énergétique si vous envisagez de vendre un logement classé E, F ou G, ou si vous souhaitez établir un plan de travaux cohérent.
- Évaluer les aides disponibles (MaPrimeRénov’, CEE, éco-PTZ…) pour financer les travaux dans les meilleures conditions.
- Planifier les travaux prioritaires en tenant compte des délais d’intervention des entreprises RGE et des délais administratifs.
Conclusion : ne pas attendre la dernière échéance
La loi Climat et Résilience fixe un cap clair : les logements énergivores doivent progressivement quitter le marché locatif et, à terme, disparaître des transactions immobilières sans travaux préalables. Les propriétaires qui anticipent aujourd’hui éviteront les mauvaises surprises — vacance locative, blocage lors d’une vente, dépréciation du bien — et pourront profiter des aides financières, dont les conditions peuvent évoluer d’une année à l’autre.
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Sources
- Service-Public.fr – Audit énergétique obligatoire lors de la vente d’un logement
- Service-Public.fr – Passoires thermiques : interdictions de location progressives
- Selectra – Vote du Sénat : projet de loi Relance logement et location des passoires thermiques (juillet 2026)
- Hellio – Loi Climat et Résilience : DPE, gel des loyers et calendrier des obligations